Notes sur les origines de Saint-Alfred et du hameau de l'Augrenée
par Georges COLLETTE
Avant 1710, le voyageur qui se rendait de Mons à Bruxelles empruntait un chemin qui traversait les hameaux de la Saisinne et de Thieudousart en passant par le chemin Baïau (anciennement Bayard, soit le chemin parallèle à la route actuelle, mais distant de 300 mètres). Certains tronçons de ce chemin étaient transformés en bourbiers impraticables jusqu'à 8 mois par an. Une nouvelle chaussée fut construite en vertu d'un octroi de Philippe V, roi d'Espagne, du 17 mars 1704. Terminée vers 1710, la nouvelle chaussée est pavée, elle mesure environ 6 mètres de large. On y ajouta un " marchepied " de 8,5 mètres de chaque côté. Tous les bois furent coupés sur une largeur de 132 mètres de part et d'autre de la route.
| La nouvelle route traverse alors le lieu-dit " Eaugrenée ". Il n'y avait probablement aucune habitation, mais des prairies marécageuses et des champs cultivés, car la terre y est fertile. La chaussée longe à cet endroit le bois de la Haye-le-Comte. L'origine de l'appellation Eaugrenée est controversée : · " Eaugrenée " viendrait de " engrenée " (terre plantée de graines). · Nom d'un ruisseau · Une source d'eau gazeuse, actuellement tarie, aurait coulé jadis dans une prairie. Sur la carte de Ferraris de 1778, le hameau n'est pas encore nommé. Seules quatre prairies bordent la nouvelle route. L'une d'entre elles est une auberge : " La Truye qui file " (presque en face de Saint-Alfred). Il n'y a pas encore de traces du château, mais on peut y voir l'étang du Verdrit (ou Vert Ry), actuellement étang de Saint-Alfred. On peut dire que le développement du hameau est lié à l'augmentation du trafic sur la chaussée pendant la 1ère moitié du XIXè siècle. L'ouverture de la ligne de chemin de fer Mons - Bruxelles en 1841 provoqua une baisse très sensible du trafic sur la chaussée. |
L'entrée du "Château" aujourd'hui. |
Il est très probable que le développement du hameau fut arrêté ou du moins ralenti à partir de cette date. III. La nouvelle route attira également les plus nantis. Rien qu'à Casteau, trois nouveaux châteaux furent bâtis le long de cette route au cours de la première moitié du XIXè siècle. En venant de Mons, il y avait le " château de la Bruyère " construit en 1862 (actuellement le " Médicis "), à la sortie du village, le " château de Casteau ", construit à partir de 1835 et démoli en 1970, et enfin le " Château de Neufvilles ", appelé au XXè siècle " Château de l'Eaugrenée " puis home Saint-Alfred à partir de 1935. Pourquoi Château de Neufvilles ? Très probablement parce que les terres y attenantes étaient situées sur le territoire de Neufvilles. J'en veux pour preuve que les descendants actuels du dernier propriétaire du château sont toujours les propriétaires du Bois de la Haye-le-Comte et de nombreuses terres de cultures situées à Neufvilles. La date de construction du château n'est pas connue. Elle se situe au tout début du XIXè siècle. Il était occupé d'abord par Antoine Jacques Lefebvre et son épouse Elisabeth de Wouters. Monsieur Lefebvre meurt en 1822. Sa veuve épouse Albert Ansiau, brasseur montois, qui est veuf et père de Henri (14 ans) *. Les époux Ansiau se séparent en 1831. Albert Ansiau et son fils partent habiter Bruxelles. En 1886, le château de Neufvilles est occupé par le marquis d'Auxy. Il faut savoir que les marquis d'Auxy étaient les derniers propriétaires de la Seigneurie de Neufvilles sous l'ancien régime. Au début du XXè siècle, des religieuses dominicaines françaises, expulsées de France, y établissent un pensionnat pour jeunes filles. En 1935, Alfred Dupont, brasseur à Neufvilles (Brasserie Carlier)le lègue aux Frères de la Charité de Gand. Il serait très intéressant de poursuivre les recherches sur le château de Neufvilles : date de construction, liens de parenté éventuels entre les occupants successifs.